Il était une fois Cuba…
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C’est l’histoire d’une île dans laquelle toutes les horloges se sont arrêtées, si bien qu’elle nous laisse l’impression nostalgique de remonter le temps et d’observer la vie de nos grands-parents dans les années cinquante. Les gens roulent dans de magnifiques voitures américaines derniers modèles des années cinquante « pré-embargo », qui sont, grâce aux talents de leurs propriétaires, remises à neuf.
Sur la route, nous croisons cependant très peu d’automobiles. Les moyens de locomotion ici sont plutôt les vélos, les chars à bœuf ou les chevaux.
Points positifs : L’île est restée sauvage avec un espace rural très préservé. Comme en République Dominicaine, on y trouve des forêts dominicaines dense, des reliefs montagneux, des plages de sable fin et des mangroves.
Dans la rue, les gens sont de toutes les couleurs : peau claire, café au lait, chocolat au lait ou chocolat noir, pour une fois, le racisme ne paraît pas exister dans ce pays…
Le niveau de santé est excellent et les soins sont gratuits. L’école, comme les études ou la formation professionnelle, est gratuite. Il y a très peu d’insécurité et l’égalité des chances est en théorie assurée. Les Cubains sont très débrouillards. C’est ce que nous avons pu constater à la Marina de Puerto de Vita ! Nous ne parvenions pas à avoir de courant à la prise électrique du ponton ce qui n’a pas découragé l’électricien qui nous a réglé cela avec un morceau de fil en cuivre. A Cuba, l’hyper-consommation n’existe pas et il n’y a pas de gaspillage.
Depuis que Fidèl Castro a cédé sa place à son frère Raúl, l’Etat autorise de nouveau l’achat et la vente de maisons et d’automobiles ainsi que le travail au sein d’une petite entreprise. Ainsi, les terres agricoles de l’Etat sont aujourd’hui louées à des agriculteurs privés et à des coopératives. Pour acheter des fruits et des légumes, il nous a donc suffi de nous arrêter le long des routes où se trouvaient les étals des paysans indépendants.
De plus, dans les quartiers de Barracoa, nous avons vu comment de nombreux appartements du Rez de chaussée s’étaient ouverts sur la rue pour pratiquer du commerce (snack, salon de coiffure, épicerie…). Les Cubains assistent donc peut être aux prémices d’un essor économique et le pays commence, semble-t-il, à investir dans la réhabilitation de ses bâtiments historiques. La Cathédrale de Santiago de Cuba était d’ailleurs couverte d’échafaudages lors de notre visite.
Balade sur le sentier du Cacao
Point négatifs : Dans notre marina, nous avions le choix entre rester enfermés dans la canicule du bateau et affronter les piqûres des centaines de hen-hen (petites mouches des sables microscopiques qui provoquent des réactions urticantes durant une dizaine de jour). Pour les repousser, sur les conseils d’une dame irlandaise du bateau d’à côté, Gaëtan s’est même mis aux huiles essentielles (d’eucalypsus), lui qui y croit si peu habituellement ! Moi, j’ai préféré me mettre sous Aerius.
Trêve de plaisanterie ! Après l’effondrement du Communisme et la mort de Hugo Savez, Cuba est bien seule ! Autrefois, le soutien financier des grands Etats socialistes aidait beaucoup l’économie cubaine. Désormais, elle s’est beaucoup appauvrie et l’idéale communiste semble désormais bien désuet au regard des privations qu’endure sa population.
Les Cubains manquent de tout ! Les ménages cubains ont d’ailleurs encore un carnet de rationnement avec des colonnes à cocher pour les aliments de base subventionnés par l’Etat que chaque citoyen est censé recevoir tous les mois : 220 g d’huile par personne, 280g de haricots, un paquet de pâtes… On ne trouve pas grand chose dans les magasins. Le poisson est réservé à la vente aux touristes dans les restaurants et se vend en CUC (peso cubain convertible). Or, il y a deux monnaies dans le pays : les pesos nationaux et les CUC (1 CUC = 1 dollar). Ainsi, 80% des Cubains travaillant actuellement pour l’Etat sont rémunérés en pesos nationaux qui valent 24 fois moins que les CUC. En 2012, les salaires étaient de 250 à 900 pesos nationaux par mois (de 10,41 à 37,5 CUC).
Nous avons été sollicités à plusieurs reprises pour donner des vêtements d’enfants qui sont difficiles d’accès pour les familles les moins aisées. Dans les magasins d’Etat, la population fait ses courses à prix modique à l’aide des pesos nationaux auxquels les étrangers n’ont normalement pas droit. Cependant, ces centres nationaux ne vendent qu’un succédané de café, du savon médiocre et seuls les CUC permettent d’acheter à des prix exorbitants pour les locaux (car identiques à ceux pratiqués en Europe) des jouets, des appareils électroménagers, des vêtements ou des chaussures de qualité correcte. Même la bière Bucanero Fuerte que nous avons bien appréciée là bas s’achète en CUC.
De même, Cuba offre très peu de perspective de carrière pour les jeunes. Certains d’entre eux, au chômage, s’improvisent guides et harcèlent les touristes pour gagner quelques pesos en leur trouvant une chambre ou un restaurant. D’autres souhaitent quitter Cuba mais il est coûteux et difficile d’obtenir une autorisation officielle et seuls les cerveaux du pays paraissent y parvenir de manière non clandestines.
Quand aux fonctionnaires, ils sont très mal payés ce qui les obligent souvent à exercer une double activité dans le tourisme. Par exemple, le salaire d’un médecin à Cuba est de 790 pesos soit 32 CUC (= 32 dollars) par mois ce qui le contraint parfois à faire des extras en travaillant par exemple comme conducteur de taxi le week-end et pendant ses vacances. Comme les salaires sont versés dans une monnaie sans valeur, l’industrie touristique regorge de Cubains très instruits qui ont délaissé leur profession de cadres ou d’intellectuels pour gagner leur vie correctement.
Pour faire rentrer les devises, le gouvernement a ouvert l’île au capitalisme international ce qui a entraîné la construction d’une multitude d’hôtels dans la précipitation.
Le tourisme ne cesse donc de se développer ce qui apporte une bouffée d’oxygène au pays. Grâce à lui, certaines familles peuvent enfin s’assurer un certain confort matériel. Le concept de chambre chez l’habitant est pratiqué par toutes les villes de l’île. A chacune de nos excursions, à Santiago de Cuba comme à Barracoa, nous avons donc trouvé « una habitacióne ». Nos hôtes étaient ravis de voir les enfants et nos schtroumfs très contents de passer quelques nuits en dehors du bateau. Vous les auriez vu installer avec soin leurs affaires dans leur chambre ! Même le cafard qu’ils ont croisé un matin après le petit dej ne les a pas dégoûté. Cette formule a donc été beaucoup plus sympa que l’hébergement en hôtel de luxe. En effet, l’hôtel de Guardalavaca (Garde la vache), auquel nous allions pour louer une voiture, téléphoner en France (Tout va bien maman!) ou retirer de l’argent, s’est avéré être d’un goût douteux pour nous et bruyant en soirée sous le son des micros et des jeux « Club Med » version mauvais goût. Martine et Yves, vous qui deviez éventuellement nous rejoindre à Cuba ; finalement la formule vol + hôtel n’aurait peut être pas été un si bon plan que cela. Ce qui a été sympa également, c’est de manger dans un paladar qui est un restau chez l’habitant. En arrivant à la forteresse qui se trouve au dessus de Santiago de Cuba, nous avons été accosté sur un parking par un jeune homme qui nous a invité à venir manger chez lui plutôt que de suivre le car de touristes. Et nous ne l’avons pas regretté car nous avons mangé pour 10 dollars des langoustes chez la famille de ce Monsieur, sur sa terrasse avec vue magnifique sur la baie de Santiago. C’était très sympa !
Cependant, malgré les initiatives et la volonté des particuliers, les dernières directives économiques du parti, publiées en 2012, précisent que la concentration de propriétés à la place de l’Etat ne sera pas autorisée et que la bureaucratie ne tolérera pas la concurrence. Aussi, que va-t-il se passer si une famille s’enrichit trop ou si une entreprise dépasse la taille tolérée par l’administration cubaine ?
Et oui ! Cuba est encore dirigée par un Etat à parti unique. Dans les rues, c’est cool : pas de panneaux publicitaires ! Mais ceux-ci ont été remplacés par des panneaux de propagande à la gloire du Ché ou de Fidèl et des « Viva la revolución ! » ou « revolución es mi mujer ! ».C’est un peu oppressant ! Le pouvoir semble encore dans les mains des militaires.
Nous n’avons pas eu le droit de nous promener seuls en annexe. Nous nous sommes sentis surveiller en permanence. Nous avons acheté des cigares au marché noir car il nous fallait une autorisation signée de l’Administration pour avoir le droit de visiter une fabrique de cigares. Or, pour détenir des cigares, il faut avoir une facture qui prouve son achat dans des conditions légales ! Nous n’avons donc pas fait les malins en planquant les cigares à notre retour à la marina… Par ailleurs, nous n’avons pas eu de wifi sauf les rares fois où Gaëtan a accepté de faire la queue trois heures dans l’hôtel de Guardalavaca. Idem pour le téléphone auquel nous avons dû renoncer devant la queue de l’agence de télécommunication. Ambiance un peu coupée du monde si vous voyez ce que je veux dire surtout pour nous qui sommes toujours accrochés à nos portables ou à nos tablettes ! Ajoutez à cela, le fait que notre marina était éloignée du village et que nous ne pouvions rien faire sans véhicule et vous comprendrez avec quel plaisir nous étions contents de partir en escapade de trois ou quatre jours une fois notre semaine de CNED terminée…
Bon revenons sur les points positifs! Les Cubains aiment faire la fête, ont le sens du rythme et de la musique! A Santiago de Cuba, on trouve un groupe de musiciens à chaque coin de rue, dans tous les cafés et les restos.
Nous avons écouté un guitariste et une chanteuse très doués nous chanter les grands classiques (Besa me mucho ou Ché Guevara) un dimanche soir. Voix magnifique… C’était un pur bonheur!














