Samedi 7 septembre

Au plus profond de la nuit, quand nous naviguons, la mer est parfois noire couleur encre de chine, surtout lorsqu’il n’y a pas de lune.

Nous avons fait notre deuxième nuit de nav pour aller à Gibraltar. C’était bien parti car, mercredi, nous avions Force 6 en partant d’Almeria. Le vent a cependant baissé tout le long de l’après midi et de la nuit et il a tourné, si bien que nous avions du mal à rester dans notre cap. Nous avions, d’un côté la côte espagnole avec les lumières des maisons et des ports, de l’autre des bateaux qui suivaient une route parallèle à la nôtre. C’est rassurant de voir les lumières des habitations et d’imaginer les gens en train de dormir.

Le jour se lève tard vers 7h00 et je suis impatiente de le voir pointer le bout de son nez car la veille est fatigante quand nous vérifions sans arrêt la distance des bateaux qui nous entourent. Nous les voyons au loin et souvent, j’ai tendance à les penser plus près de nous qu’ils ne le sont réellement. Nous observons donc régulièrement, sur l’AIS et le radar, leur position par rapport à nous. La nuit s’écoule en une longue série d’allers retours entre la barre, la vérification du cap, la lecture du radar toutes les 20 minutes et l’observation de l’AIS sur l’ordi. La consigne du Capitaine-mon mari était de rester à 120 degré du vent pour ne pas que nos voiles se dégonflent. Or, en procédant ainsi, je me rapprochais de plus en plus des gros cargos et je devais leur couper la route à un moment donné. Vous ne lui direz pas mais j’ai triché : un coup vers les bateaux pour avoir un peu de vent, un coup de l’autre côté pour gérer la situation sans stress quitte à nous ralentir sérieusement ! C’est peut-être pour cela que nous avons pris du retard…

Puis, jeudi, ça y est ! Nous arrivions à Gibraltar, ce lieu que je m’imaginais tellement étrange, dangereux et mystérieux. Nous avions passé une bonne partie de l’après-midi à croiser des gros navires qui semblaient dormir sans bouger sur notre passage, se traînant à 1,5 nœuds. Je ne sais s’ils attendaient une autorisation pour repartir ou un courant favorable. Nous sommes donc arrivés au moteur devant le rocher de Gibraltar, beaucoup plus tard que prévu, vers 21h30, heure que nous nous fixons habituellement comme limite extrême pour arriver à terre, à la tombée du jour. Dans le port brumeux, de gigantesques bateaux majestueux étaient mouillés. Il y avait des lumières partout, on se serait cru en plein feu d’artifice ou devant notre premier sapin de Noël ! C’était une ambiance magique pour nous, dans notre petit catamaran, de passer entre ces immenses cargos et d’entrer en territoire anglais au milieu de l’Espagne. Pourtant, aucune des marinas de Gibraltar n’avaient alors de places pour nous accueillir si bien que nous avons mouillé à l’arrache au milieu du gigantesque port de commerce du côté anglais près de la marina du Queen’s way Quay.

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Soulagés d’avoir trouvé un endroit où passer la nuit, nous avons dormi du sommeil du juste jusqu’à ce que la police du port vienne nous réveiller à 4h00 du matin avec la voix aiguë de son haut-parleur tonitruant et son super bateau à moteur 9000 chevaux, trop top classe d’après Thibault. « Wake up ! Wake up ! » Bref, nous n’avions pas le droit de dormir là et ils nous ont envoyé faire dodo chez les espagnols de l’autre côté de la baie. Déménagement à 4h00 avec l’humidité en râlant contre les nos amis british pas cools du tout !

Heureusement, les espagnols eux, nous ont laissé dormir en paix, même si chez eux, une fois de plus, nous étions mouillés dans un endroit pas très autorisé devant le port.

Les espagnols sont donc beaucoup plus aimables puisqu »ils ont tout de même attendus 10h le lendemain matin pour nous virer. Nous avons même eu le temps de déjeuner !

Nous avons donc fini, ce vendredi par trouver une place dans le puerto espagnol, pour terminer tranquillement les cours du CNED. Enfin, tranquillement, il faut le dire vite !

C’est chaud, la gestion de la scolarité de trois enfants en même temps surtout quand ces enfants sont les tiens. Je ne sais pas comment font les instits. Qui peut me donner un tuyau ? Surtout avec Louane qui ne veut pas du tout travailler seule, ne serait-ce que 5 minutes ! De plus, les évaluations des enfants tombaient dès la fin de la première semaine. Il fallait donc les renvoyer par internet sur le site du CNED. Nous avons pris une connexion wi-fi pourrie au port, si bien que j’ai fini, samedi matin, assise sur le ponton à côté de l’antenne pour parvenir à envoyer ces documents, après 4h00 de bataille informatique. Situation cocasse, il fallait que j’enregistre la voix des enfants sur le site du CNED, en format MP3. Or, je n’ai pu le faire que sur le ponton, à 100 mètre du bateau. On entend donc sur l’évaluation orale de Thibault, la répétition du concert de rock de Gibraltar qui aura lieu le soir, le mec en tongues, une voiture qui passe et d’autres bruits tous aussi bizarres les uns que les autres… avec, pour fond sonore la petite voix de Thibault qui cite les lettres de son prénom et récite difficilement sa comptine, en ajoutant un « Regarde maman, un mulet » ou « ça me gratte le bouton de moustique ! ».

Bref, il ne nous reste plus qu’à trouver une connexion Wi-fi, lundi, pour envoyer les éval de Louane !

Vendredi soir, malgré nos obligations parentales, nous avons quand même pris le temps de faire un tour dans le City Center de Gibraltar. En partant de notre port, à pied, nous avons passé la douane anglaise et traversé la piste d’atterrissage de l’Aéroport de Gibraltar. Il n’y avait pas suffisamment de place pour mettre une piste de cette dimension ailleurs, si bien que les voitures et les piétons traversent en permanence la piste. Il y a juste un feu pour les arrêter quand un avion décolle ou atterrit. Quant au centre du Gibraltar, il est moins impressionnant que ses ports. On se sent juste très en Angleterre au milieu de l’Espagne…

Comme d’habitude, nous ne restons pas plus d’une nuit au même endroit, si bien qu’à l’heure où je vous écris, nous sommes sortis de Gibraltar pas pour aller très loin, non, puisque nous sommes à Tarifa, le haut lieu des véliplanchistes avec pour projet de partir demain vers Cadix.

Au fait, y a-t-il quelqu’un qui veut prendre des vacances avec nous et faire la traversée du Portugal jusqu’ à Madère ?

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